ven. 23 | 03 | 12
Habitants de Mazères ! Ou simples voyageurs !
Vous avez peut-être assisté au montage d’un campement étrange au cœur de votre cité, la semaine dernière, à quelques mètres du collège Victor Hugo : Une yourte et des caravanes.
Ne vous inquiétez pas, ce ne sont pas des mongols venus envahir notre territoire. Nous sommes au XXIème, le descendant de Gengis Khan n’est pas sorti de cette yourte pour s’approprier notre belle région.
Ce projet, mis en place par l’Estive avec le Conseil général de l’Ariège dans le cadre de la résidence théâtre d’artistes dans les collèges, a permis d’accueillir une résidence d’artistes de la compagnie Attention Fragile. Gilles Cailleau, directeur artistique de la compagnie, souhaite, lors de ses créations, avoir une vision extérieure sur celles-ci.
A Mazères, ce sont les élèves du collège Victor Hugo qui ont partagé leurs impressions et leurs idées tout en découvrant l’univers théâtral, l’improvisation, l’écriture…
A lire, ci-dessous, l’interview réalisée en compagnie de Gilles Cailleau :
Pouvez-vous nous présenter la création Tania’s Paradise ?
Cette création est un mélange à la fois de cirque et de paroles. Tania est une contorsionniste israélienne. Pour ceux qui s’en souviennent, elle était la contorsionniste aléatoire de Fournaise, elle tournait de table en table en réalisant des petits numéros de contorsionniste.
Ce spectacle se base sur son enfance singulière en Israël.
Je ne sais pas comment en parler autrement que par les exemples. La première fois que j’ai répété ce spectacle, c’était dans un collège, ce fut compliqué d’expliquer à des enfants, issus de l’immigration maghrébine, qu’une jeune juive allait parler de son enfance. Je leur ai raconté deux ou trois histoires autour de la vie de Tania, qu’elle m’avait racontée elle.
Par exemple, elle a effectué le service militaire. Pendant la première Intifada, elle a suivi des cours pour reconnaître un kamikaze dans un bus mais en même temps, c’est une jeune fille avec ses désirs, ses envies…
Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec des collégiens ?
Je n’aime pas les répétitions fermées. Au lieu de travailler des heures et des heures sur des scènes en essayant de les améliorer, pourquoi ne pas essayer de travailler sur des brouillons que l’on montre tout de suite à des gens.
Je déteste l’idée que le théâtre est un art vieilli, j’aime l’idée de travailler avec des jeunes.
Comment les faites-vous travailler ?
On effectue un double travail : On leur fait faire du théâtre, environ 2 heures par jour, soit une dizaine d’heures dans la semaine. Pour apprécier et aimer le théâtre, il faut en avoir fait. Le théâtre est un jeu !
Dans un deuxième temps, une fois par jour, ils viennent dans la yourte et nous leur montrons des scènes, des séquences et ce sont eux qui nous aident à accoucher du spectacle.
Il y a deux jours, ils ont vu une scène, je ne savais pas comment elle finirait et je leur ai demandé que pourrait-il se passer à la fin ? Et Ils m’ont dit pourquoi Tania ne s’énerverait t’elle pas ? Au final, nous avons essayé de voir le résultat si elle s’énervait. Nous travaillons par propositions successives.
Un autre jour, Tania a travaillé sur un texte, seule, et je lui ai demandé de nous faire une proposition à moi et aux élèves…
Pourquoi avez-vous choisi le chapiteau comme lieu de résidence ? Lieu de spectacle ?
C’est la marque de fabrique de la compagnie. J’ai fait du théâtre pendant 15 ans dans des théâtres et un jour cela m’a ennuyé.
J’étais scénographe et décorateur et je me suis rendu compte que nous jouions devant les gens et jamais parmi eux. J’aime réinventer la relation avec les spectateurs, où ils ne le sont plus. Dans la vie, nous n’avons jamais envie d’être spectacle, nous voulons nous impliquer. Le chapiteau et les petites formes renvoient un signe : nous sommes proches du public. Chaque lieu invente un moment unique et c’est ce que je cherche : inventer un moment inoubliable.
Par exemple, quand je déménage, je possède des biens qui valent cher et je les mets dans des cartons que je protège. Mais, il y a aussi ce dernier carton, celui où nous avons pleins de « merdouilles » qui dépassent du carton, que nous ne savons pas où ranger mais on serait malheureux si on le perdait. Ce ne sont pas les choses les plus précieuses mais les plus belles, nous ne pouvons pas nous en passer. Je veux faire des spectacles dont on ne peut se débarrasser, ce n’est pas les meilleurs spectacles mais les gens ne peuvent pas se débarrasser du moment.
Nous venons pour partager, nous prenons le temps…
Le chapiteau nous permet d’être au milieu des gens. Cette semaine, nous sommes restés sur cette place ce qui attire la curiosité.
Le décor doit englober les gens comme dans Gilles et Bérénice. L’endroit « théâtre » est très intimidant, c’est un acte culturel fort pour quelqu’un d’y rentrer alors que le chapiteau fait moins peur.
Ma poésie ne résiste pas à la rue, j’ai besoin de m’enfermer et que les gens se disent que nous allons passer du temps ensemble. J’ai besoin de ce contrat théâtral, de ce contrat spectaculaire entre les gens et moi. On est venu, on reste et on s’en va…
Retrouver Gilles Cailleau et son spectacle Gilles et Bérénicele mercredi 28 et le vendredi 30 mars à Vicdessos – sous chapiteau – Place du Gravier




